Taxer le “confort” des Français : une réforme qui passe mal

Une “mise à jour” technique… qui change tout
Officiellement, il ne s’agit pas d’une nouvelle taxe, mais d’une « actualisation de la base cadastrale », un terme bien compliqué, simplement pour dire que l’État va recalculer la taxe foncière à partir d’une base vieille de 1959 (mon père n’était pas né).
Problème : cette révision intègre désormais davantage les “éléments de confort” d’un logement.
Concrètement, pour l’administration fiscale, disposer de :
- l’eau courante,
- du chauffage,
- d’une douche,
- de toilettes,
- d’un lavabo,
- d’une baignoire,
- ou même d’une climatisation (dans les DOM, pour l’instant)
revient à augmenter la « surface fiscale » du logement via des mètres carrés fictifs.
Résultat : des logements pourtant modestes pourraient se retrouver artificiellement “agrandis” sur le papier, et donc plus taxés.
Eaux, chauffage, sanitaires : des bonus fiscaux qui n’en sont pas
La DGFiP attribue par exemple :
- +4 m² fictifs pour l’eau courante,
- +2 m² pour le chauffage ou la climatisation,
- et d’autres surfaces en plus pour les sanitaires.
Tout cela vient gonfler la valeur cadastrale, c’est base de calcul de la taxe foncière.
Sur le terrain, cela représente environ 7,4 millions de logements impactés dès 2026, selon les premières estimations relayées par la presse nationale.
La hausse moyenne annoncée ? Autour de 63 € par logement, mais avec de fortes variations selon les communes et les équipements.
Une indignation justifiée
Comment ne pas réagir face à une mesure qui revient, de fait, à taxer des équipements considérés aujourd’hui comme essentiels ?
En 1959, disposer d’une salle de bain ou du chauffage pouvait paraître luxueux.
En 2025, cela s’appelle tout simplement vivre dignement.
Et pourtant, le gouvernement assume :
la porte-parole Maud Brégeon a confirmé qu’une révision de la taxe foncière est bien sur la table, et qu’une consultation express avec les élus locaux sera organisée. Traduction : on ajuste, mais on avance avec les maires.
La DGFiP précise que les propriétaires peuvent demander un dégrèvement si certains éléments de confort ne sont pas réellement présents. Une procédure qui suppose de :
- prouver l’absence de tel ou tel équipement,
- produire des justificatifs,
- et parfois engager un recours administratif.
En clair : c’est possible, mais tout est fait pour décourager les plus fragiles.
Dernière minute : le budget 2026 rejeté, et maintenant ?
Ce qui complique encore la situation, c’est la crise institutionnelle autour du budget 2026.
Les députés ont rejeté la partie “recettes” du budget, celle qui conditionne justement l’application de cette réforme fiscale.
Un rejet massif : 404 votes contre.
Cela change-t-il tout ? Pas exactement.
Le texte part désormais au Sénat
Le Sénat peut supprimer ou modifier certaines mesures, et tenter d’aboutir à un compromis. S’il y a désaccord, une commission mixte paritaire devra trancher.
Le ministre de l’Économie reste confiant
Roland Lescure affirme qu’un compromis est “possible”, mais rien n’est garanti.
La réforme de la taxe foncière n’est pas abandonnée
Le gouvernement a annoncé une “consultation flash” avec les parlementaires et les collectivités pour revoir ou ajuster les critères des “éléments de confort”.
Un point d’étape dans quelques mois a aussi été promis.
En clair : la réforme est suspendue, pas annulée.
Elle peut être modifiée, adoucie… ou confirmée quasiment telle quelle.
Une réforme qui accentue la rupture entre l’État et les contribuables
En intégrant des équipements aussi basiques que l’eau ou le chauffage dans la taxe foncière comme s’il s’agissait d’un luxe, l’État envoie un message déconnecté des réalités : disposer d’un logement décent serait désormais un privilège fiscal.
Derrière les fausses excuses de « mise à jour », beaucoup y voient, à juste titre, une taxation supplémentaire déguisée.
Et la hausse annoncée pour 2026 pourrait n’être qu’un début…
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