Lumière sur le documentaire « On n’est pas des racailles » de Djamel Mazi et Eric Kollek
Vingt ans après une phrase qui a marqué toute une génération, le journaliste et réalisateur argenteuillais Djamel Mazi revient sur ces instants gravés dans son adolescence pour raconter, caméra à la main, la vérité d’un quartier et de ses jeunes. « On n’est pas des racailles » : un documentaire puissant, intime et tellement nécessaire en 2025.

26 octobre 2005. Argenteuil, Val-d’Oise.
Dans cette ville la plus peuplée du département, un moment s’apprête à entrer dans l’histoire collective… et dans la mémoire de milliers de jeunes. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, est en déplacement. Devant les caméras, devant les habitants, il prononce une phrase qui claque encore comme une gifle :
« Vous en avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser. »
Cette séquence, brutale et instantanée, a cristallisé un sentiment d’humiliation partagé par toute une génération.
Vingt ans plus tard, un enfant d’Argenteuil devenu journaliste et réalisateur, Djamel Mazi, revient sur cet épisode fondateur. Il le fait avec un objet à la fois simple et précieux : la petite caméra Mini DV que son frère lui avait offerte. À l’époque, pour un jeune de quartier, il était déjà dans le futur. Avec elle, il a filmé son monde, ses potes, ses rires, ses vérités. Et aujourd’hui, il nous livre un documentaire pour l’honneur, vrai et à la fois bouleversant : « On n’est pas des racailles ».
Le film de Djamel Mazi n’est pas un retour en arrière nostalgique : c’est une plongée dans l’authenticité. À la Mini DV, il capture ces moments sans filtre qui composent la vie des jeunes d’Argenteuil, des instants où l’on grandit, où l’on rêve, où l’on se construit. Ce qu’il filme, ce sont des visages, des amitiés, des journées ordinaires. Rien de spectaculaire, mais tout d’essentiel.
Des milliers de jeunes de banlieue se reconnaîtront dans ces images, reconnaîtront leur quotidien, repenseront à des potes, des moments drôles et d’autres moins. Parce qu’ils n’étaient pas et ils ne sont pas des racailles. Ils étaient et ils sont juste, eux-mêmes dans la société qu’on a décidé de leur servir.
Et puis il y a ce jour particulier : la venue du Ministre de l’Intérieur.
Caméra au poing, adolescent déterminé, Djamel filme la scène et ose interpeller Nicolas Sarkozy. Déjà, il questionne, il pointe l’injustice de cette insulte jetée indistinctement sur tous les jeunes. Déjà, il refuse l’étiquette.
Déjà, il prend conscience de l’importance des mots sortis de la bouche de politiques qui ont, de part leurs fonctions, une haute responsabilité. Ces politiques qui ont l’habitude de parler, qui aiment parler, qui aiment même trop parler mais sans réellement prendre la mesure du poids de ce qu’ils disent.
Ce geste, minuscule et immense à la fois, deviendra une graine. Une graine plantée dans le cœur d’un jeune qui, vingt ans plus tard, transformera ce moment en un film. Un film pour expliquer. Pour montrer. Pour rétablir.
Pour remettre les pendules à l’heure !
Avec « On n’est pas des racailles », Djamel Mazi, accompagné d’Éric Kollek, offre un documentaire vibrant et honnête. Ce documentaire donne la parole à ceux qu’on n’a pas voulu entendre. Un film qui répare, qui rassemble et qui rappelle que derrière les clichés se trouvent des vies, des histoires, des destins et souvent des réussites.
Un documentaire à ne pas manquer, à retrouver dès maintenant sur France Télévisions.
Production : Morgane Production / We Make Productions / France Télévisions
Réalisation : Djamel Mazi, Éric Kollek