Quand l’école blesse : harcèlement scolaire, responsabilités parentales et solutions.
Chaque année, des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents vivent au quotidien la honte, l’isolement et la terreur. Le harcèlement scolaire n’est pas un rite ni une «bagarre de jeunes» : c’est une violence répétée qui altère profondément la santé mentale et physique des victimes, parfois jusqu’à des tentatives de suicides et des suicides. Nous sommes aujourd’hui : jeudi 6 novembre 2025, c’est la journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école. C’est notre devoir collectif d’écouter, de comprendre mais surtout d’agir ! Car ça n’arrive pas qu’aux autres.
Le harcèlement scolaire, c’est quoi ?
Par définition, le harcèlement scolaire, c’est la répétition d’agissements (insultes, moqueries, mises à l’écart, violences physiques, vols, diffusion d’images ou de rumeurs) qui portent atteinte à la dignité d’un élève ou dégradent ses conditions d’apprentissage. Le cyber-harcèlement (réseaux sociaux, messageries, envois de contenus, humiliations en ligne) est la poursuite et l’amplification de ces violences hors de l’enceinte scolaire ; il les rend permanentes et souvent angoissantes pour la victime. En gros : ça ne s’arrête jamais pour l’harcelé(e).
Le harcèlement démarre (souvent) à l’école

L’école est un lieu social dense : groupes d’appartenance, hiérarchies informelles, recherche d’identité, violences interpersonnelles qui peuvent facilement se cristalliser. Les adolescents apprennent aussi, parfois maladroitement, des mécanismes de domination et d’exclusion. L’effet de groupe et la volonté de chacun d’avoir « une place » ne facilité l’arrêt de ce phénomène. Il ne faut pas oublier aussi, que l’enfant imite ce qu’il voit, ce qu’il connait dans son entourage… La manière de parler, de se comporter, d’interagir, l’enfant n’est que la pale imitation des personnes avec qui il vit au quotidien. Parents, nous avons donc une grande responsabilité. Ajoutons à cela le numérique qui a changé l’équilibre : ce qui se disait «dans la cour» peut être enregistré, partagé et reproduit des milliers de fois, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 via le téléphone et les réseaux sociaux. Le ministère rappelle que le cyber-harcèlement est une modalité à part entière de harcèlement et que des outils de signalement existent (numéro 3018, plateforme de signalement des contenus).
L’ampleur des dégâts : chiffres officiels et santé mentale
Les enquêtes récentes du ministère montrent des taux non négligeables de victimation répétée : par exemple, 5 % des collégiens déclarent subir plusieurs atteintes répétées (mesure d’«indice de victimation»). Beaucoup d’élèves touchés ne demandent pas d’aide et n’en parlent pas. Entre mars 2022 et décembre 2024, les parquets ont enregistré environ 10 100 affaires de harcèlement scolaire ; le volume annuel est passé d’environ 530 en 2022, à 3 500 en 2023 puis 6 100 en 2024. Traduction d’une plus grande prise de conscience et d’une judiciarisation accrue. Entre mars 2022 et décembre 2024, 240 condamnations ont été prononcées en première instance pour harcèlement scolaire.

Sur le plan de la santé publique, les enquêtes montrent des niveaux très préoccupants de détresse chez les collégiens et lycéens : pensées suicidaires, tentatives et signes de dépression sont documentés (rapports Santé publique France). Ces données indiquent l’impact côté santé mentale, même si l’attribution directe d’un décès unique au seul harcèlement nécessite une expertise médico-légale. On ne peut pas accepter qu’un enfant se donne la mort.
Qui prend en charge ces affaires ? Procédures, acteurs et responsabilités ?
Santé et protection sociale : médecins scolaires, psychologues scolaires, équipes de soins et associations spécialisées accompagnent la victime. Les dispositifs territoriaux (centres médico-psychologiques, services sociaux) sont sollicités selon la gravité.
À l’école : le chef d’établissement, le référent harcèlement ou l’équipe éducative a l’obligation de repérer, protéger, documenter et mettre en place des mesures de protection immédiates (adulte référent, adaptation de la vie scolaire, retrait des contacts si nécessaire). Le ministère a publié un protocole national et déploie le programme pHARe pour prévenir, détecter et traiter les situations. Certains établissements ont nommé des élèves pour veiller et rapporter des cas de harcèlement.
Numéro 3018 / services d’aide : pour le cyber-harcèlement et la suppression rapide de contenus, le 3018 (plateforme e-Enfance) est un point d’entrée pour victimes, témoins et parents.
Forces de l’ordre / justice : la famille peut déposer plainte ; le procureur peut ouvrir une enquête. Les parquets ont vu une augmentation des dossiers traités (chiffres justice mentionnés plus haut). En cas d’infractions commises via le numérique, des mesures peuvent être ordonnées, et des poursuites engagées contre des mineurs (la responsabilité pénale des mineurs est individuelle).
Et les parents des harceleurs dans tout ça ?
Quelle responsabilité ?
Souvent, face au harcèlement, on demande à la famille de la victime de «changer d’école», comme si le problème appartenait uniquement à celui qui subit. Or régler le problème de fond passe par une responsabilisation mais comment, légalement et socialement ?
Responsabilité pénale : en droit français, la responsabilité pénale est personnelle : on ne punit pas un parent à la place d’un enfant pour l’infraction commise par ce dernier. Les mineurs peuvent être poursuivis eux-mêmes selon leur âge et l’appréciation du juge. Toutefois, des situations particulières existent (par ex. complicité d’un parent dans des violences) ; des textes récents encadrent des mesures à l’égard de parents condamnés pour certains faits graves.
Responsabilité civile et réparation : les parents peuvent voir leur responsabilité civile engagée pour le fait dommageable de leur enfant (dommages causés à la victime). Des actions en réparation (dommages et intérêts) peuvent donc être menées. La jurisprudence évolue : la Cour de cassation a fait évoluer, en 2024, certains éléments concernant la responsabilité civile des parents séparés, ce qui montre que les tribunaux peuvent adapter les réponses au contexte familial.
Responsabilité éducative et sociale : au-delà du droit, il y a une responsabilité morale et sociale : accompagner, sanctionner, réparer : c’est le rôle des parents et des familles d’origine du ou des auteurs. Le changement d’école de la victime, s’il rassure temporairement, ne règle pas la dynamique : si les auteurs ne sont pas interpellés, suivis et sanctionnés de façon pédagogique et/ou judiciaire, le risque est de déplacer la violence plutôt que de l’interrompre.
Ce que disent les sources : déplacer la victime n’est pas la solution
Les documents officiels et les praticiens insistent sur la nécessité d’un traitement systémique : repérage, protection immédiate, prise en charge éducative des auteurs (mesures disciplinaires, travail sur la responsabilisation), accompagnement psychologique de la victime, implication des familles et, si besoin, intervention judiciaire. Le protocole ministériel et le programme pHARe visent à imposer cette approche intégrée.
Solutions concrètes, pour les parents de victimes, et pour ceux des auteurs
Pour la famille de la victime (que faire tout de suite)
- Sécuriser et écouter : écouter sans minimiser, collecter preuves (captures d’écran), garder traces (dates, témoins).Mais surtout rassurer : priorité à la sécurité immédiate.
- Contacter l’établissement : parler au professeur principal, au CPE, au chef d’établissement ; exiger la mise en place d’un plan de protection (adulte référent, mesures d’éloignement si nécessaire). Le protocole du Ministère de l’Education nationale prévoit des mesures immédiates.
- Utiliser le 3018 pour le cyber-harcèlement et demander la suppression des contenus. Porter plainte si les faits le justifient.
- Solliciter aide médicale/psychologique : médecin traitant, CMP, services scolaires : la santé mentale est prioritaire.
Pour les parents de l’auteur : posture constructive (et attendue)
- Ne pas fermer les yeux : reconnaître le fait quand il est établi, participer aux mesures réparatrices, coopérer avec l’établissement et les services. Le déni et la minimisation aggravent la situation.
- Assumer une responsabilisation éducative : accompagner les sanctions scolaires ou judiciaires, organiser un suivi psychologique et éducatif pour l’enfant auteur, travailler sur l’empathie et la réparation.
- Assurer la réparation : si un dommage est causé, la responsabilité civile peut s’appliquer ; les parents doivent coopérer au processus (assurance, médiation, indemnisation si nécessaire).
Pour l’école et la collectivité
- Appliquer pleinement le protocole : formation des personnels, existence d’un référent, information des familles, articulation avec les services sociaux et judiciaires.
- Prévention continue : actions éducatives, médiation, ambassadeurs d’élèves, formation au numérique responsable, ateliers de sensibilisation.
Une responsabilité partagée, mais des actes concrets
Dire que les parents des auteurs doivent être tenus responsables n’est pas une formule creuse : c’est une exigence concrète de justice éducative, civile et sociale. La responsabilité se manifeste par la reconnaissance du tort, la coopération avec l’école, le suivi de l’enfant auteur (sanctions pédagogiques et, si nécessaire, mesures judiciaires), et des actions de réparation. Le parents doit être irréprochable, à l’extérieur, comme à la maison. Déplacer la victime vers une autre école sans que les causes aient été traitées, sans réparations, sans que les auteurs aient été responsabilisés et suivis, c’est parfois condamner l’enfant à revivre la violence ailleurs et permettre à l’harceleur de poursuivre ses actions. La justice, l’école, les services sociaux et les familles doivent agir ensemble, avec des réponses adaptées et proportionnées. Tous ensemble, parlons, agissons et œuvrons pour la sécurité et la santé mentale des victimes.
Sab on air.
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